Eric Cartier dessinateur et scénariste de bande dessiné est membre du jury de cette 27ième édition.
Comment vous êtes vous retrouvé membre du jury ?
Les enchainements classiques que certains appellent karma. Mon ami et collaborateur Arleston qui est un très bon scénariste sur Aix, avait fait partie du jury, il y a quelques années. Un autre hasard, son grand-père avait fait la première édition cinéma à Aix. C’est un peu par proximité, il y avait le festival de rencontre du 9ième Art, il y a quelques mois et on m’a proposé de devenir membre du jury.
Le bruit court que cette année les compétitions sont rudes. Quelles sont vos critères de sélection ?
Je connais l’image, je connais l’animation et le dessin. Le court c’est le cinéma et ce n’est pas dans mon domaine en général, mais c’est très proche finalement. Je vais plutôt faire le candide. Je vais essayer de mesurer les enjeux. Au début, j’ai dit oui sans réfléchir, puis en voyant le programme, la masse de choses présentées, le nombre de directions et c’est là d’un coup que l’on réalise aussi que ce n’est pas juste le plaisir de voir des films. C’est sérieux. Je ne sais pas encore comment je vais m’organiser.
Quel regard pensez-vous apporter à cette sélection ?
Je suis curieux, avec le numérique, vu ma génération si j’étais né à cette époque, j’aurais peut-être fait du cinéma. La BD m’intéressait car c’était le cinéma du pauvre, maintenant que je peux faire des animations sur mon ordinateur, ça change la donne pour les jeunes qui arrivent. On peut tout faire. Nous à l’époque on collait encore les textes avec de la colle glue! (rires) Maintenant on fait du copier-coller. On montait des journaux c’était à mourir de rire ! Mes mômes pensent qu’on a créé des bandes dessinées dans des cavernes !
Quels sont vos styles de films ?
Comme en musique ou en lecture, je n’ai aucun apriori. C’est vrai le terme de court était associé en général à l’animation. Je trouve que l’on ne le voit pas assez, là où il y a des cinémas, il y a des présentations de courts en première partie, mais combien de cinémas jouent le jeu réellement ? Ce monde est là, mais pour me plaire il faut que ça tape, que se soit du voyage ou de la fiction.
Que pensez-vous des films expérimentaux ?
Du moment que l’on sort des sentiers battus, on est expérimental. Enfin qu’est-ce qu’on appelle free-jazz ? C’est la même question, est-ce qu’on tape du pied ou pas. C’est de l’expérimental si ça m’interroge, si je sors de mes habitudes. Tout est possible c’est le cas de la BD, tous les champs sont ouverts. Ce n’est pas l’éternel petit format, aventure, héros… C’est devenu un genre majeur, depuis plus de cent ans il était temps ! Ce que j’aime, ce sont les BD ou les films qui me remuent
Avez-vous envisagé d’écrire des scénarii pour le cinéma ?
Non, on a notre cinéma à nous, dans la BD on a nos histoires. Qu’un scénariste écrive c’est génial, on l’adapte d’une BD, cela peut être heureux ou la pire des choses. Je fais partie de la génération traumatisée avec l’adaptation de Tintin et les oranges bleu. On a mis trente ans à s’en remettre ! (rires). Avec Astérix par exemple on ne peut que rire ! Quand il y a du Chabat on ne peut que craquer de rire. Et là oui ça marche, ils n’ont pas hésité. Pour Lucky Luke, il y a eu beaucoup d’efforts, bon boulot de décor et d’interprétation mais ça va tellement loin par rapport à la BD.
Vous êtes dessinateur de bandes dessinées, et participez également à l’illustration de Autour des cours, où trouvez-vous l’inspiration ?
Je suis un vieux Baba, je trouve « l’inspi » dans le vécu et l’honnêteté de la recherche et de l’introspection artistique.
Dernier film projeté dans la compétition 1, Partition Oubliée de la jeune réalisatrice Teona Grenade est un film marquant de la programmation. Doté d’une très bonne distribution, avec un touchant premier rôle, le film s’inspire d’un événement réel de la Géorgie post-soviétique. L’histoire est celle d’un jeune garçon, talentueux musicien, qui attend que son frère l’accompagne pour un concert. Mais celui-ci, qui fait partie de la mafia locale, est pris dans ses affaires. Exposant avec réalisme et sobriété, le panorama d’une jeunesse abandonnée à la rue, le film réussit à décrire avec justesse un univers désolé.
On peut reprocher au film sa fin abrupte. Mais la réalisatrice l’explique par la difficulté qu’elle a eu d’adapter son idée de long en court-métrage. Présente dans la salle pour la première, elle nous a présenté son film : « Il s’agit d’un travail de fin d’études à la Fémis. C’était une idée de long-métrage que j’avais en tête depuis un petit moment. Quand je pensais à mon premier film, c’était cette histoire-là. Après pour le court-métrage, dès que le projet a été annoncé à la Fémis, je savais que je voulais retourner en Géorgie et je me suis dis que j’allais essayer de réaliser ce projet. C’est très dur parce que j’avais envie d’y mettre beaucoup de choses et je pense que ça se sent dans le film. Ce n’est pas facile de travailler avec un format court. Il faut savoir vraiment trouver ses limites.
Après 27 sélections et 6 prix dans différents festivals, nous souhaitons bonne chance à ce court-métrage à Aix-en-Provence.
Pour le (re)découvrir, la compétition 1 est rediffusée Vendredi 4 décembre au Cinéma Mazarin à 13h30.
Pour cette première interview de la Gazette, le doyen du Festival, Marc Ripoll, l’homme aux 12 000 courts-métrages visionnés, se prête au jeu. Rencontré quelques jours avant le début de la manifestation, Marc nous ouvre les portes du comité de sélection.
Est-ce que vous pourriez nous présenter la manière dont se forme le comité de sélection ?
Il se forme par cooptation. Les douze membres sont des personnes qu’on a signalées au comité. On discute avec eux, sur le cinéma qu’ils aiment, sur ce qu’ils vont voir. D’ailleurs depuis le début, l’équipe a pas mal varié. Le comité évolue car les temps changent, le cinéma change et les gens qui le regardent aussi. Dans la nature, le comité s’est aussi transformé. Avant il était essentiellement constitué de praticiens du cinéma, de professionnels. Aujourd’hui c’est un peu moins le cas. Il y a beaucoup de membres qui viennent d’ailleurs mais qui sont des cinéphiles avant tout. D’autres part, l’écart générationnel a grandi puisque cela va de trentenaires à des gens comme moi qui ont plus de soixante ans.
Vous dites que le comité a beaucoup changé. Comment choisit-on un membre ? On va prendre quelqu’un qui aime le même cinéma ou on cherche plutôt dans l’ouverture et la richesse des profils et des regards ?
Les deux mon capitaine ! (rires) On avait tous une même idée de ce que pouvait être le cinéma, mais on n’aimait pas tous le même cinéma dans cet espace là. Effectivement, on cultive la richesse de regards de chacun. La preuve la plus évidente c’est qu’au septième festival, on sélectionnait à la majorité du comité. On s’est rendu compte qu’on arrivait à une sélection qui était consensuelle. Et comme tout consensus, c’était un peu mou. C’était bien, c’était pas mal, mais ça manquait de piquant, de dynamique. On a décidé à partir du huitième festival de sélectionner au coup de coeur de chacun. Les huit membres de cette époque regardaient les 250 films qui arrivaient. On faisait une liste par ordre de préférence. Et même si tout le monde était contre un coup de coeur, personne ne discutait et ce film était sélectionné tout de suite.
Et quel est le mode de sélection aujourd’hui ?
Le principe maintenant, reste plus ou moins comme celui-là. Lorsqu’on a adopté ce nouveau système, on a eu une sélection qui a changé plus ou moins dans sa nature. On restait dans le cinéma qu’on aimait tous mais avec nos extrêmes aux uns et aux autres. On ne pouvait pas tous aimé le même film, il y avait donc une variété beaucoup plus grande de films. À la sortie des projections, le public avait des réactions diverses : “c’est un truc génial”, d’autres “enfin comment avez-vous pu sélectionner un film aussi inepte, nul ?”. À partir du moment où l’on a des gens qui deviennent des fans absolus ou bien absolument opposés, c’est que ce film à quelque chose à dire, qu’il provoque quelque chose.
Qu’est-ce qui est susceptible de vous plaire dans un court-métrage ?
Tout. (rires) A titre personnel, d’abord un film qui me surprend. Et ce par le type d’approche qu’il va faire d’un sujet qui a déjà été traité. Depuis l’origine de l’humanité tous les sujets on été abordé : au théâtre, dans la peinture, l’opéra, le cinéma. C’est donc toujours dur de surprendre. Ce qui est important pour nous, c’est de voir comment un réalisateur aujourd’hui va aborder un sujet que bien d’autres ont déjà traité. C’est-à-dire le point de vue qu’il va prendre : la forme qu’il va donner à son film, même en utilisant une forme très classique du récit, il y a du point de vue de la manière de mettre en image, en son. On surprend par la manière dont on va utiliser les éléments cinématographiques.
Un message pour les lecteurs de la gazette ?
Ce que j’ai envie de leur dire c’est que s’ils sont lecteurs, ils sont prés du Mazarin ou de la cité du livre. Ils ont peut-être pris cette gazette non pas par hasard mais pour se renseigner. Donc s’ils n’ont pas l’habitude de voir des courts, alors qu’ils courent très très vite dans les salles pour les voir. C’est un format que l’on voit très peu mais on peut y découvrir des perles incroyables. Le Festival Tous Courts, c’est accepter de se « pommer » dans des films qu’on ne connaît pas, comme l’expérimental par exemple. Dans les films en compétition ou hors-compétition, il y a des choses qu’on ne peut pas voir partout, qui ont une force d’autant plus grande que le propos est ramassé. Alors laissez-vous surprendre !
Retrouvez l’intégralité de l’interview dés ce soir de Marc Ripoll, ici, sur le blog de la Gazette.